Introduction
On peut résumer la particularité de nos voyages en deux points:
- Nous voyageons sans voiture balai, en logeant chez l'habitant
- Nous devons composer avec le handicap de Pierre-Jean
Nous développerons ici ces deux caractéristiques, et la solution que nous avons trouvée pour voyager dans ces conditions, c'est-à-dire notre
matériel, et notre façon de nous en servir.
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À l'aventure en solitaires
 Notre bivouac, derrière
un bar de camionneurs dans le Wyoming. Les structures métalliques à l'arrière-plan sont du matériel de forage pétrolier en dépôt. Notez les
points verts des témoins de charge de deux Segways, branchés sur une rallonge fournie par le barman |
Voyager en solitaires, j'entends sans voiture balai, implique d'emporter tout nos bagages (vêtements, nourriture, tente,
nécessaire de toilette, médicaments, etc) dans nos sacs à dos ou sur la petite remorque que nous avons fait faire. Le tout, c'est
de prendre tout le nécessaire, mais rien que le nécessaire, en fonction de ce que nous estimons pouvoir trouver sur place.
De plus, nous devons pouvoir réparer le matériel par nous-mêmes, ou avec l'aide des gens rencontrés sur le chemin, ce qui implique d'importer
quelques outils passe-partout, d'être un peu bricoleur, et de savoir (et oser) communiquer avec les indigènes.
Enfin, il y a le problème de l'énergie: il nous faut de l'électricité pour voyager, et nous ne pouvons
emporter de groupe électrogène.
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Le handicap de Pierre-Jean
Je suis handicapé suite à un accident de ski survenu en janvier 2006. Je me suis brisé deux vertèbres cervicales (C3 et C4),
endommageant gravement ma moelle épinière.
Dans un premier temps, je me suis donc retrouvé tétraplégique, paralysé jusqu'au menton, incapable de soulever ma tête de mon
oreiller, ou de respirer sans assistance. Les médecins m'ont annoncé que je resterai dans cet état, et j'ai cru ce diagnostic.
Mais ma moelle épinière n'avait pas été complètement sectionnée, et petit à petit, très lentement et progressivement, j'ai retrouvé un
usage partiel de mes muscles.
Aujourd'hui, j'ai quitté l'hôpital où j'ai passé 15 mois, et j'ai repris mes études à l'université.
Ma situation actuelle est assez difficile à décrire: je suis entièrement partiellement paralysé, c'est-à-dire que presque tous mes
muscles fonctionnent, mais à partir du menton, aucun ne fonctionne à 100 %. Mes deux mains par exemple sont très faibles et malhabiles
mais je parle par contre tout à fait normalement.
 Le tout premier
prototype de Segway, un modèle robuste, mais peu performant. Notez les attelles visibles sous mon short. |
Heureusement, certains accessoires me permettent d'avoir une vie presque normale: les attelles qui soutiennent mes jambes,
invisibles sous mon pantalon, ma voiture (modifiée comme celle de James Bond), mon Segway, le programme de reconnaissance vocale avec lequel j'ai dicté ces
textes puisque je ne sais presque pas écrire et bien d'autres encore.
Par contre, quand nous nous voyageons, je suis très vulnérable : je peux m'asseoir et me lever tout seul sur une chaise, mais
pas à même le sol. Chaque fois que nous faisons une pause, mon accompagnateur doit donc m'aider à m'asseoir et à m'adosser au Segway,
puis à me remettre debout quand nous repartons.
Attention
Je sais que beaucoup de gens mettent mon spectaculaire rétablissement partiel sur le compte du courage ou de la volonté. J'en
suis très flatté, mais je pense qu'ils ont tort.
J'ai cru le diagnostic des médecins lorsqu'ils m'ont annoncé que je resterais totalement paralysé. Jusqu'au dernier moment,
je n'ai jamais cru que je remarcherais, ou du moins que je pourrais me servir de ma marche, puisque mes mains étaient
trop faibles pour tenir mes béquilles, et qu'il fallait donc les fixer à mes poignets avec des bandes Velpo.
Je n'attribue donc mon rétablissement ni à mon courage, ni à ma volonté. Je pense au contraire que si j'ai fait preuve de courage,
c'est à l'inverse en étant lucide, en ne m'obstinant pas à vouloir l'impossible comme jouer de la guitare (mes mains ne me le permettent
plus) mais à focaliser mon énergie sur ce qui reste possible, voyager en Segway par exemple.
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Matériel
Segway I2
| Vitesse maximum | 20 km/h |
| Capacité de chargement | 118 kilos |
| Encombrement | 64 * 64 cm |
| Poids | 47,7 kilos |
| Type de batterie | Deux batteries Lithium-ion Saphion |
| Autonomie | 25 à 38 km |
| Moteurs | Deux moteurs sans balais (1,5kw chacun) |
| Garde au sol | 7,6 cm |
Comme je ne peux marcher que sur de petites distances, lentement et au prix d'un effort considérable, je fais presque tous mes
déplacements quotidiens en Segway. C'est de cette machine que nous nous servons pour nos voyages.
Le Segway est très difficile à décrire. En général une petite photo vaut mieux qu'un long discours, mais j'essaie de construire
ce site Web de manière à ce qu'il puisse être consulté par des malvoyants (texte alternatif aux photos pour les logiciels de lecture
de texte etc.), je n'échapperai donc pas à une description de la machine en Français.
La grande originalité de cette machine électrique tient dans le fait qu'elle n'a que deux roues, et qu'au lieu d'être placées l'une
derrière l'autre comme sur un vélo, elles sont placées l'une en face de l'autre comme sur une remorque.
L'utilisateur se tient debout, sur une petite plate-forme à une trentaine de centimètres
au-dessus du sol. Un manche à balai vertical d'environ 1 m 20 est accroché à cette plate-forme, en l'inclinant à gauche ou à droite, le conducteur
dirige l'engin.
C'est très surprenant lorsqu'on voit un Segway pour la première fois, on se demande comment le conducteur peut rester en équilibre.
Le Transporteur Personnel I2 de la marque Segway, que par facilité j'appellerai dorénavant le Segway ou le TP, se conduit très
instinctivement : pour avancer, il suffit de se pencher légèrement en avant, pour freiner, s'arrêter, ou même reculer, il suffit de
se pencher légèrement en arrière, la machine réagit à la position du centre de masse. Notons que comme le Segway tourne sur lui-même,
il ne sert à rien de reculer, il suffit de faire demi-tour.
Pour tourner, on incline simplement la manche vers la gauche ou la droite.
Une jeune conductrice s'essaye au Segway lors d'une étape dans les Pyrénées |
Ça a l'air compliqué, mais je vous assure que c'est extrêmement simple. J'ai personnellement fait essayer mon Segway à des dizaines
de personnes, il faut en général deux minutes, montre en main, pour apprendre à conduire. C'est bien simple : si moi j'y arrive, normalement
n'importe quel valide peut le faire.
D'ailleurs le Segway n'est pas conçu pour les personnes à mobilité réduites. Il est destiné à un public de valides, mais est si simple
d'utilisation que même en étant gravement handicapé, on peut le manier à la perfection.
Bon, ne tournons pas autour du pot : ce n'est pas très bon pour la firme Segway que le TP soit associé au handicap. Il y a un risque
que les gens se disent que c'est une machine formidable pour les handicapés, mais du coup, ne songent pas à l'acheter pour eux. C'est
donc un défi majeur de nos expéditions : arriver à se faire sponsoriser par Segway malgré mon handicap. Pour notre expédition
américaine, cela a foiré comme expliqué sur la page USA 2009
On peut entrer dans les bâtiments, les ascenseurs et le ranger à l'intérieur sans déranger personne. En Belgique, il est légalement
considéré comme un vélo ou un piéton en fonction de sa vitesse, et a donc le choix de rouler sur le trottoir ou sur la piste cyclable,
voire même sur la chaussée si par un hasard improbable, il n'y avait pas de piste cyclable. (Mr le Vice-Président du Gouvernement Wallon
En charge du Budget, des Finances et de l'Equipement, vous buvez.) (Stop Michel, une gorgée c’est suffisant!)
Le Segway peut franchir des bordures impressionnantes, et même quelques marches, puisqu'il a cet avantage génial de fonctionner même
lorsque le pilote ne se tient pas dessus.
Je m'explique : vous avez besoin de franchir cinq marches pour entrer dans un bâtiment. Vous descendez de votre Segway, vous montez
sur la première marche, vous inclinez doucement la manche vers l'avant en tirant légèrement vers le haut, le moteur se met en marche,
les roues tournent et le Segway monte les marches une à une, pratiquement de lui-même.
Je pense que cette machine peut changer la vie de nombreux handicapés aussi radicalement qu'elle a changé la mienne, c'est pourquoi,
si vous êtes handicapé, (ou personne à mobilité réduite pour les susceptibles) et que cette machine vous intéresse, n'hésitez pas à
me contacter à l'adresse suivante :
.
Je vous ferai essayer mon Segway, partiellement remboursé par l'AWIPH (sorte de sécurité sociale) et vous pourrez profiter
de mes milliers de kilomètres d'expérience. Plusieurs handicapés ont déjà acheté un Segway après m'avoir rencontré, à bon entendeur
(sponsors)...
Si vous n'avez pas la chance d'être handicapé, vous trouverez l'adresse de nombreux concessionnaires sur
www.segway.com.
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La remorque
 Notre remorque, et
le sac que nous fixons dessus, et dans lequel nous pouvons mettre la remorque si nous déclipsons les routes. |
Pour emporter notre matériel, nous avons fait adapter une petite remorque de vélo sur laquelle nous fixons un grand sac.
Les roues se démontent en une minute et peuvent être placées dans le sac, ce qui nous permet de transporter la remorque facilement en train
ou en voiture.
Sur les quatre paires de batteries que nous emportons, trois sont rangées dans la remorque, la quatrième étant placée sur mes porte-bagages. On range
également les quatre chargeurs et les multiprises dans la remorque, plus quelques-unes de mes affaires puisque je ne peux porter qu'un sac
très léger.
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Voyager en Segway
Un voyage en Segway ressemble fort à un voyage en vélo: la vitesse moyenne et donc la longueur moyenne d'une étape
sont sensiblement les mêmes. Pendant nos voyages, nous avons souvent rencontré quatre ou cinq fois de suite, parfois à plusieurs
jours d'intervalle, des cyclistes qui faisaient le même trajet que nous. Nous les dépassions dans toutes les montées, ils nous
dépassaient dans toutes les descentes.
Cependant, si voyager en Segway n'est pas de tout repos, il faut bien avouer que c'est physiquement moins dur qu’en vélo:
franchir un col de montagne en Segway est éprouvant, mais cela ne demande pas d'effort violent comme en vélo, et on peut
pleinement apprécier le paysage.
L'autre grande différence entre le Segway et le vélo, c'est que le cycliste est pratiquement autonome. S'il a de l'eau et des vivres,
il peut rouler plusieurs jours sans voir âme qui-vive, il ne risque pas grand-chose.
En Segway par contre, il est impératif de trouver tous les soirs une prise de courant. Tomber en panne de batteries serait dramatique,
parce qu'il est impossible d'utiliser le Segway moteur éteint. Il faudrait le traîner derrière soi, et même pour un valide, faire plus
de 100 m comme ça relève de l'exploit.
Un voyage en Segway implique donc une préparation minutieuse et une certaine dépendance envers l'aide des habitants.
Personnellement, je trouve un charme fou à ces deux éléments. J'adore préparer mon voyage, m’user les yeux sur les cartes, explorer
Internet, lire des guides de voyage, envoyer des dizaines d’e-mails, donner des centaines de coups de téléphone. Le voyage lui-même ne
dure que quelques semaines, mais pendant les mois qui précèdent, et pendant les mois qui suivent, je suis déjà et encore sur la
route.
Curieusement, j'aime aussi cette dépendance que ce voyage implique. Nous savons très bien que nous aurons besoin d'aide, que nous
devrons probablement sonner aux portes, faire du stop ou que sais-je encore. Faire un voyage comme celui-là, c'est un peu comme
sauter sur la foule à un concert de rock. Il faut avoir confiance, en soi et dans les autres, mais cela nous donne l'assurance de
faire des rencontres intéressantes.
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Dispositions pratiques
Nous voyageons à deux, en emportant trois jeux de batteries par personne, (et aux USA, une paire supplémentaire, juste au cas où).
Chaque jeu de
batteries pèse une dizaine de kilos. La paire que nous utilisons se loge sous le Segway, et nous plaçons tous les deux une paire dans les
boîtes métalliques que nous avons fixées au-dessus de nos roues. Les trois dernières paires vont dans la remorque, avec les chargeurs, les
cables, la tente et quelques-unes de nos affaires personnelles. Le poids total de la remorque est de 80 kilos
Nous portons le reste de nos bagages dans nos sacs à dos: 14 kilos pour moi, 16 pour mon accompagnateur.
Le point crucial dans la préparation d'un tel voyage est le logement. Il faut très soigneusement préparer l'itinéraire de manière
à ne jamais être à plus de 80 km du bourg le plus proche, et aux États-Unis, c'est vite arrivé.
Il est impossible pour nous de loger chaque soir à l'hôtel, pour plusieurs raisons: c'est beaucoup trop cher, il n'y a pas forcément
un hôtel dans chaque village, mais surtout, notre objectif est de rencontrer des gens. Dormir sous tente est également presque impossible
à cause de mon handicap, sans compter que nous avons dans tous les cas besoin d'électricité.
Nous devons donc établir un itinéraire précis le long duquel nous tentons de trouver autant de points de chute que possible avant
même de partir, soit en contactant les curés des villages (comme nous l'avons fait dans les Pyrénées), soit via
Couchsurfing (comme nous l'avons fait aux États-Unis).
Le principe du Couch Surfing est simple: c'est un réseau mondial de gens prêts à accueillir, ou désireux de se faire accueillir.
Si vous aimez le genre de cornichonneries qu'on raconte sur ce site, je vous conseille vigoureusement le Couch Surfing,
inscrivez-vous sur leur site Internet http://www.couchsurfing.org. L'inscription est gratuite et
n'engage à rien (le fait d'être membre ne vous oblige pas à accepter toutes les demandes d'hébergement). Vous ne recevrez pas non plus
des dizaines de spams et comme le dit leur slogan, vous contribuerez à créer un monde meilleur, canapé après canapé (couch signifie
canapé).
L'image ci-contre illustre l'ampleur de ce réseau : chaque point rouge représente une ville où vit un couchsurfer (je n'ai affiché
sur la carte que les membres habitants dans les quatre états que nous avons traversés en 2009, c'est-à-dire le Montana, le Wyoming, le
Colorado et le Nouveau-Mexique.)
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Financement
Nos voyages sont peu coûteux, parce que nous voulons voyager simplement, en logeant chez l'habitant ou à
défaut dans les plus petits hôtels possibles. Ce n'est pas une question d'argent, mais une question de principe.
Nous préférerions payer pour manger une assiette de raviolis en conserve et passer une nuit sur un canapé chez des gens qui nous
accueillent plutôt que de passer la nuit dans un hôtel étoilé dont le patron nous sponsoriserait.
D'ailleurs, comme nous l'expliquons sur la page Nous accueillir, nous sommes bien sûr prêts à payer
notre repas, notre nuit et notre faible consommation d'énergie à qui veut bien nous ouvrir sa porte.
Nous avons tout payé nous-mêmes dans les Pyrénées, sauf la location du Segway et des batteries qui
nous ont été prêtées par Segway France, et nous avons bénéficié de quelques sponsors aux États-Unis.
Si vous souhaitez nous aider d'une façon quelconque (soutien financier, don ou prêt de matériel), n'hésitez pas à nous contacter à
l'adresse suivante :

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