Objectif
Notre objectif était de traverser l'Ouest américain en suivant les Montagnes Rocheuses. En Segway, en solitaires,
avec un minimum de matériel et en logeant chez l'habitant.
Nous pensons qu'on aurait tort de se dire :Tout ça, c'est pas pour moi
. Nous pensons que les aventures ne sont pas réservées
aux aventuriers professionnels, à Nicolas Hulot ou à Alain Hubert (dont nous admirons bien sûr les exploits) (Il va de soi que vous buvez). Nous
pensons que n'importe qui doit pouvoir se lever à la fin d'un reportage et se dire Cette fois c'est mon tour
.
Nous voulions montrer qu'avec une bonne préparation, il est possible de voyager simplement, même sans gros budget, et même si on n'est pas
un athlète.
Enfin, puisque nous parlons de budget, nous voudrions préciser que notre objectif n'était pas de gagner de l'argent. Nous avons obtenu
quelques sponsors, et nous avons pris nous-mêmes en charge les frais encourus sur place (nourriture, hôtel etc). Les comptes ne sont pas
encore clôturés, mais tout les bénéfices seront reversés à Handicap International. Cela comprend bien sûr l'argent que nous
pourrions tirer du reportage vidéo que nous voudrions réaliser.
Notons que Segway Inc. a refusé de nous aider de quelque manière que ce soit, en expliquant que le Segway n'était pas conçu pour les
handicapés et qu'en conséquence, ils ne supporteraient pas notre projet, bien qu'ils le trouvent "very exciting".
Nous n'avons donc eu ni soutien financier, ni prêt de matériel, pas même une réduction de prix.
Nous auraient-ils soutenus si je n'avais pas été "anormal"? J'ai bien peur que nous ne puissions pas retenter l'expérience en
changeant ce paramètre, sauf le respect que je dois à la recherche médicale (les cellules souches vous buvez, et les chercheurs
aussi, une grande éprouvette chacun).
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Choix de l'itinéraire
 Une esquisse de notre
itinéraire |
Nous cherchions une chaîne de montagnes dont nous connaissions la langue. Voilà pourquoi nous avons choisi les Montagnes Rocheuses.
Ensuite, nous avons pris des renseignements sur la région, surtout sur le climat et la densité de population. Nous avons décidé
de partir de Missoula, dans le Montana, près de la frontière canadienne, et de descendre en suivant les montagnes Rocheuses sur près de
2500 km, en passant par le célèbre parc national de Yellowstone, en traversant le Wyoming et le Colorado pour arriver enfin à Albuquerque
au Nouveau-Mexique.
Nous sommes partis six semaines, et nous avons parcouru comme prévu environ 2500 km en roulant six jours sur sept.
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Le voyage, jour après jour
Pour raconter ces deux mois, il faut rendre compte du rythme auquel se succèdent les événements. Nous avons fait énormément de
rencontres extraordinaires, mais il ne faut pas perdre de vue que notre histoire n'est pas seulement une histoire de rencontres, c'est
aussi une histoire de grands espaces, de désert, de montagne, de solitude et de silence.
Je ne peux pas me contenter de raconter une série d'anecdotes croustillantes en passant sous silence les jours où il ne se passe
rien de racontable, ce sont parfois les plus beaux.
S'il ne se passe rien pendant 24 heures, je trouve que cela vaut la peine de le dire. Au lecteur d'imaginer la rude poésie de ces
journées banales, les gestes insolites devenus quotidiens qui se cachent entre les lignes laconiques.
Pour cela, j'ai structuré mon récit comme un journal de bord. Cela peut sembler répétitif, mais c'est le seul moyen que j'ai trouvé
de rendre compte de l'omniprésence du désert.
Journal de bord
26 juillet : C'est le grand départ depuis l'aéroport de Zaventem, mais une partie de nos bagages s'égare en chemin.
Nous passons la nuit à Missoula chez trois jeunes couch surfeuses.
27 juillet : repos à Missoula, nous récupérons le matériel qui avait été expédié à l'avance chez un prêtre. Nous passons une
seconde nuit chez les mêmes personnes.
28 juillet : Nous attendons toujours les bagages perdus par British Airways. Ils arriveront à minuit, nous passons donc une
troisième nuit au même endroit, à profiter des délices de Capoue.
 Un pronghorn, antilope d'Amérique. |
29 juillet : Nous quittons Missoula avec 24 heures de retard sur notre planning. Notre premier jour s'annonce mal : nous
avons un accident de Segway (nous n’en aurons pas plus de deux ou trois au total). Une roue de la remorque est totalement voilée, c'est
assez impressionnant, mais en fait cela ne pose pas trop de problèmes. Alors que nous changeons nos batteries dans une pompe à essence,
nous rencontrons quelqu'un qui habite à Corvalis, notre destination du jour, et qui nous y invite. Nous passons donc la nuit chez lui.
30 juillet : Nous passons trois heures dans un magasin de vélo pour réparer la roue de la remorque, et nous en profitons
pour donner une interview au journal local, le Ravalli Republic. Le reste de la journée se passe bien excepté deux crevaisons. Nous
passons la nuit dans un camping à Sula où nous louons une cabane en rondins.
31 juillet : Nous passons notre premier col de montagne, et faisons tout de suite après connaissance avec le désert.
La géographie américaine est très surprenante pour nous: tout au long de notre voyage, le paysage change en quelques miles. On passe en
quelques heures d'un paysage alpin, boisé et vallonné, au désert le plus plat.
Notre parcours suit en général la ligne de partage des eaux, que nous passons plusieurs fois. C'est-à-dire que nous suivions l'épine
dorsale du continent, passant sans cesse du versant où les
rivières se jettent dans l'Atlantique à celui où elles se jettent dans le Pacifique, mais nous n'avons jamais vraiment quitté le désert.
Il nous arrivait quelquefois de nous retrouver en montagne, en ville ou dans une vallée fertile, mais toujours, nous finissions par
retrouver le désert au bout de quelques heures.
 |
Il ne s'agit pas d'un désert de sable ou de pierre, mais d'une mer de petits buissons bleuâtres. Il est très rare d'y voir du bétail,
on croise par contre de nombreuses antilopes d'Amérique. À l'inverse de ce qu'on peut voir en Europe, on ne voit des arbres qu'au-dessus
d'une certaine altitude. Dans la vallée, on distingue très nettement le niveau à partir duquel les montagnes sont couvertes de forêts,
mais tant qu'on est en plaine, on peut passer des heures sans croiser un
arbre, et cela pose un sérieux problème lorsque le soleil tape. La chaleur est tout à fait supportable tant qu'on roule, à cause du vent,
mais sitôt qu'on s'arrête, on cuit, et lorsque nous voyons venir le moment de changer les batteries, nous commençons à scruter le paysage
à la recherche de la moindre tache d'ombre : arbre, falaise, panneau routier, bâtiment, véhicule garé.
Pour rattraper notre retard, nous ne passerons que quelques heures à Wisdom où nous comptions passer la nuit. Après avoir partiellement
rechargé les batteries, nous poussons jusqu'à Jackson, chez quelqu'un que nous avions contacté avant le départ en passant par le curé
de l'endroit. Les quelques heures passées à Wisdom furent hautes en couleurs puisque nous tombons sur la foire aux armes annuelle.
1 août : Nous continuons dans le désert, où nous sommes interpellés par une voiture de police. Ça se passe très bien, le
flic nous demande juste ce que nous faisons mais nous laisse repartir sans problème, après nous avoir donné une courte interview. Après
une nouvelle crevaison, nous arrivons à Dillon où nous passons la nuit chez une couch surfeuse.
2 août : Nous prenons un jour de repos pour acheter de nouveaux pneus et attendre un colis envoyé par la poste. Nous passons
donc une seconde nuit chez la même personne.
3 août : Nous arrivons dans une région très marquée par la ruée vers l'or. Malheureusement, une des lourdes attelles
en métal que je porte aux jambes cède. Nous réparons avec les moyens du bord : fil de fer et papier collant.
 En descendant Badger Pass, le col du blaireau, près
d'Ennis |
Nous dormons à Laurin où le curé du coin nous a invité dans la salle paroissiale.
4 août : Nous roulons dans une vallée sans dessus dessous, les mines d'or aujourd'hui fermées ont laissé d'immenses
piles de gravats un peu partout. Ici, on ne s’est pas fatigué à empiler les déchets des mines à la manière de nos terrils belges.
Nous passons par deux villes fantômes extrêmement touristiques, et arrivons finalement à Ennis où nous dormirons encore dans la
sacristie d’une église.
Nous y rencontrons un mécanicien fou qui nous emmène faire la tournée des bricos pour réparer mes attelles.
5 août : Nous progressons vers le parc national de Yellowstone. Nous dormons dans une des cabanes en rondins d'un
camping que nous avions réservé depuis la Belgique. Les prix sont exorbitants…
6 août : Nous allons jusqu'à la très touristique ville de West Yellowstone, où nous louons une voiture. Nous n'avons
en effet pas le droit de traverser le parc en Segway, ce sera donc l'un des seuls endroits où nous polluerons, et pas avec le dos de la
cuiller puisque nous sommes obligés de louer un V6.
Nous traversons le parc bondé pour arriver à Jackson Hole vers 23h. Ici encore, les prix sont exorbitants. Après avoir très
sérieusement envisagé de passer la nuit dans la voiture, nous finissons par trouver une chambre pour un prix raisonnable dans une
station de sports d'hiver un peu à l'écart de la ville.
 8 août, les collines de Crowheart
|
7 août : Après avoir rendu la voiture de location, nous prenons un taxi qui nous amène jusqu'à la limite Est du parc.
De là, nous passons le col de Togwotee par une route magnifique et entrons dans le Wyoming.
Nous passons la nuit à Dubois, dans la piscine d'un motel. Il n'y avait en effet plus de place nulle part dans le motel, le gérant
nous a gentiment permis de gonfler nos matelas pneumatiques au bord de l'eau, entre le boeuf et l'âne gris.
8 août : Nous quittons l'hôtel assez tôt, et passons une matinée magique, par un froid glacial. Autour de nous, des
collines aux falaises rouges semblent plantées dans le désert comme des pâtés de sable sur la plage. Nous pouvons apercevoir derrière
nous le col de Togwotee que nous avons passé la veille, aujourd'hui tout blanc. Nous avons eu la chance de le franchir avant la première
neige.
Nous arrivons de bonne heure à Crowheart, minuscule village au milieu du désert. Nous y rencontrons une dame qui s'arrange pour nous
fournir les clés de l'église. Nous passons donc une nuit de plus dans une sacristie.
9 août : Par une chaleur écrasante, nous hésitions à faire un détour pour aller voir la tombe de Sacajawea, très célèbre
femme indienne, lorsque nous sommes accostés par un vieux fermier et son épouse, moitié Shoshone moitié Arapaho. Voyant que nous hésitons, ils
nous emmènent en pick-up, nous font visiter le monument et nous ramènent.
Nous arrivons à Lander, une ville assez importante où nous passons la nuit chez un couch surfeur. Malheureusement, celui-ci est parti
pour quelques jours, mais il a laissé un mot sur sa porte ouverte, nous invitant à faire comme chez nous. Nous partageons donc la maison
avec un autre couch surfeur, qui voyage en stop du Dakota à la Californie.
10 août : Terrible étape de désert, chaleur écrasante. Nous nous arrêtons au hameau de Sweetwater Station, où nous
avions repéré sur la carte une communauté de Mormons. Nous y passons la nuit dans l'ancienne école reconvertie en musée.

Notre tente chez Grandma, au milieu du matériel de forage. |
11 août : Nouvelle petite étape de désert. Nous logeons à Jeffrey City, dans l'atelier d'un joyeux potier/artiste
fou. C’est une ville fantôme moderne : suite à la fermeture d'une usine d'uranium il y a 15 ans, la population y est passée de 5000 à
50 habitants. Des antilopes y broutent de maigres buissons dans d'immenses lotissements abandonnés.
12 août : Toujours le désert. On nous a conseillé de passer la nuit à Grandma’s café, mais ledit café est fermé, et
ce qui fut jadis un camping a été loué à une compagnie pétrolière qui y stocke du matériel de forage. Grandma nous autorise à planter la
tente et nous fournit l'indispensable prise électrique.
13 août : Nous arrivons à Rawlins, chez une couch surfeuse de 23 ans. Divorcée, elle vit dans une caravane
résidentielle avec ses quatre enfants, une amie également divorcée et ses trois enfants. Nous passons une excellente soirée au milieu
de toute cette marmaille.
 Les horribles séquelles des vents à décorner les boeufs |
14 août : Par un vent à décorner les bœufs, nous arrivons à Saratoga. La petite ville est en effervescence à cause
du beerfest (festival de bières locales) et du rodéo prévu pour le lendemain. Nous parvenons tout de même à trouver une chambre de motel
juste avant que l'orage n’éclate. Ce soir-là, nous allons nous baigner dans les hot springs, les sources chaudes qui se jettent dans la
rivière. Nous y faisons connaissance avec quatre cyclotouristes : Megan, Automn, Kristi et Bill. Les deux premières traversent tous les
États-Unis à vélo en quatre mois, tandis que Kristi et Bill, ne font qu'un « petit » tour. Adeptes des voyages en vélo, ils habitent
Denver -où ils nous invitent- et se limitent cette fois-ci à une boucle d'une semaine.
15 août : Nous prenons un jour de repos, allons visiter le beerfest, sommes invités à manger chez des Indiens puis
allons au rodéo. Nous terminons la soirée avec nos amis cyclistes dans un bar country.
16 août : Petite étape, nous allons jusqu'à Grand Encampment, où nous logeons chez des amis des Indiens de la
veille. Une crevaison de plus.
17 août : Nous quittons le désert pour retrouver la montagne. Nous passons la frontière du Colorado et logeons dans
un motel à Walden.
 Sur la ligne de partage des eaux, entre Walden et Granby. |
18 août : Après avoir longuement étudié la carte, nous faisons le pari dangereux de rejoindre Granby d'une traite.
Il n'y a qu'un hameau entre les deux villes, à 22 miles de Walden, nous décidons de ne pas nous y arrêter. C’est une étape très
montagneuse : nous épuisons deux batteries pour franchir le col de Willow Creek, nous hésitons donc à faire demi-tour au sommet puisqu'il
ne nous reste plus qu'une batterie pour couvrir les 28 miles qui nous séparent de notre destination. Nous continuons néanmoins et
descendons sans encombre jusque Granby, où nous logeons dans une famille de couch surfeurs russes. Cette étape de 58 miles fut la plus
longue de notre voyage.
 |
19 août : Petite étape jusqu'à la très touristique ville de Grand Lake. Nous mettons un point d'honneur à ne pas
dormir à l'hôtel ce soir-là. Nous nous arrêtons donc à une station-service où nous faisons essayer nos engins. Après une demi-heure, nous
sommes invités à planter notre tente dans un jardin. Nos hôtes ne peuvent pas nous faire dormir à l'intérieur, mais comme la température
descend fréquemment sous les 5 °C la nuit, ils nous prêtent des couvertures supplémentaires. Au moment où Matthieu se prépare à monter
la tente, un immense élan et son petit viennent tranquillement brouter les buissons à quelques mètres de nous.
20 août : Comme nous n'avions pas été autorisés à traverser Yellowstone National Park, nous avions décidé de ne pas
demander la permission de traverser Rocky Mountains National Park et de passer au culot. Nous nous présentons donc avec un grand sourire
à l'entrée du parc, en essayant d'avoir l'air le plus à l'aise possible. Malheureusement, le park ranger ne nous autorise pas à entrer et
nous suggère d'aller négocier avec un responsable. Au bout de quelques minutes, nous nous retrouvons dans le bureau du responsable du
parc. Celui-ci nous explique que, malheureusement, il ne peut pas nous laisser entrer, mais propose de nous emmener dans son pick-up
jusqu'à l'autre sortie du parc. Le pauvre voulait vraiment nous aider mais était coincé par le règlement. Il nous a donc déposé 50 miles
plus loin, à Estes Park, dans la maison d'un ranger que nous avions contacté par couch surfing.
21 août : Nous entamons notre descente sur Denver, et logeons à Rollinsville, chez une couch surfeuse.
Ce soir-là, nous sommes rejoints par Julien. En effet, Matthieu n'a pu prendre que quatre semaines de vacances, il est donc temps
pour lui de rentrer, Julien prendra sa place.
Les voisins, ayant entendu parler de nous, s’invitent chez notre hôte avec un large échantillon de bières locales, nous passons une
excellente soirée.
22 août : Matthieu prend le bus pour Denver d’où part son vol pour la Belgique. Le premier jour de Julien n'est
pas une réussite : la route menant à Denver est terriblement fréquentée et très étroite, coincé dans un canyon, entre la rivière et la
falaise. Véritablement morts de trouille, nous parvenons à nous faire prendre en stop jusqu'à l'entrée de Denver. La traversée de Denver
est épuisante et très désagréable, nous arrivons en piteux état, bien après le coucher du soleil chez Kristi, une des cyclistes
rencontrés à Saratoga.
23 août : Nous prenons une journée de repos chez Kristi. Julien se familiarise avec le matériel, et nous achetons
de nouveaux pneus pour la remorque. Nous sommes rejoints par Automn et Megan qui avaient suivi un itinéraire un peu différent. Nous
logeons tous les quatre chez Kristi.
24 août : Bill, l'ami de Kristi prend un jour de congé pour nous guider, les deux filles et nous par les pistes
cyclables hors de Denver. Nous roulons donc en convoi, trois vélos et deux Segways. Nous essayons d'éviter les routes les plus
fréquentées, mais nous devons absolument faire 3 ou 4 miles sur la Highway 285. Officiellement, ce n'est pas une autoroute, mais dans
les faits, c'est quand même une route à quatre bandes avec une berne centrale. Pour arranger les choses, nous y arrivons juste au moment
du coucher de soleil.
Après quelques centaines de mètres, la bande d'arrêt d'urgence disparaît. Nous voilà donc dans le noir total, avançant à une allure de
tortue dans l'herbe et les cailloux, à la lueur d'une misérable lampe de poche. Bien entendu, je bute sur une grosse pierre et chute.
Tandis que Julien m'aide à me relever, un immense pick-up s'arrête derrière nous, gyrophares allumés. Un peu inquiet, je demande à nos
sauveurs s'ils sont de la police, et ils répondent en riant : « Non, nous sommes les pompiers, nous sommes là pour aider les gens, pas
pour donner des amendes. »
En quelques minutes, ils nous ont embarqué tous les cinq avec notre matériel pour nous amener chez les amis d’Automn et Megan chez
qui nous devions passer la nuit. Nous n'étions plus qu'à quelques centaines de mètres.
25 août : Étape très montagneuse, et pour une fois boisée. Il fait froid et humide, les filles décident de prendre
un jour de repos. Nous reprenons la route entre deux averses.
Nous croisons beaucoup de gibier ce jour-là, nous passons un col où il fait très froid, et nous croisons même quelques plaques de
neige. Arrivés à Deckers où nous pensions passer la nuit, nous découvrons que le village n'est en fait qu'un site de pêche à la mouche.
Il n'est constitué que de deux magasins, fermés tous les deux. Personne ne semble habiter là. Le gérant de l'épicerie qui était en train
de plier boutique nous explique que nous ne trouverons rien à moins de 20 miles, et la nuit tombe... Il propose alors que nous laissions
notre matériel dans son épicerie et qu'il nous conduise en voiture jusqu'à la ville la plus proche. Nous passons donc la nuit dans un
hôtel à Woodland Park.
26 août : L’épicier passe nous prendre à l'hôtel, et nous ramène jusqu'à Deckers où nous attendent nos Segways.
Nous roulons jusqu'à Lake George, et bien que les gens des villages précédents nous aient assurés que nous n’y trouverions rien, nous
dégotons en quelques minutes une caravane à louer.
27 août : De retour dans le désert, nous retrouvons les filles à Hartsel. Nous prévoyons de planter nos tentes dans
une espèce de préau qui sert de salle des fêtes communale. Alors que nous prenons un verre au café, nous croisons deux cow-boys, père et
fils, qui finissent par nous inviter dans leur ranch. Tout cela n'a rien de touristique, ici santiags et chapeaux sont un simple outil de
travail, il n'y a personne à impressionner. C'est plutôt nous, les Européens, qui faisons sensation.
28 août : Comme nous expliquons à nos cow-boys que nous sommes si déçus de n'avoir pas encore vu de bisons, ils
nous proposent d'aller voir les leurs. Nous voilà donc repartis en pick-up jusqu'à un petit troupeau. Une des bêtes avait été nourrie au
biberon et à moitié adoptée par la famille, elle s’est vite détachée du troupeau pour venir joyeusement nous saluer.
Après avoir pris congé, toujours avec nos cyclistes, nous nous arrêtons pour cuire les steaks de bison achetés la veille, sur notre
petit réchaud à gaz.
Cet après-midi-là, nous suivons une immense ligne droite très peu fréquentée au milieu du désert lorsque tout à coup, nous entendons
la sirène d’une voiture de police. L'officier nous annonce qu'il nous a vu depuis quelques minutes, qu'il a appelé son boss pour vérifier
si nos Segways étaient autorisés, et que nous ne pouvons pas continuer. Je mets alors pied à terre en m’appuyant très ostensiblement sur
ma béquille, et j'explique que c'est mon engin de déplacement, que j'ai vérifié les législations et qu'elles ne sont pas très claires
lorsqu'on en vient à un usage « médical » du Segway.
Perplexe, le flic retourne à sa voiture et rappelle son boss par radio. Il revient vers nous après quelques minutes, commence par
dire que nous avons un avertissement officiel, mais pas d'amende, s'embrouille un peu, et finit par nous souhaiter bon voyage. Avant de
repartir, il accepte notre proposition d'essayer le Segway.
Après un bref col de montagne, nous retrouvons le désert et passons la nuit à Nathrop, dans un camping. Par chance, nous faisons
connaissance avec une famille en motor-home, ils nous offrent à boire et nous prêtent des couvertures.
29 août : Étape de désert sans histoire, nous passons la nuit à Villa Grove, dans un wagon de chemin de fer
transformé en chambre d'hôtes.
30 août : Ce soir là, nous avons été surpris par la nuit à Hooper, petit village qui tient presque du bidonville.
Pas de motel, pas un seul commerce, pas une pompe à essence où faire des rencontres. Nous sonnons à quelques portes, et on nous indique
rapidement la maison d'une famille où on nous accueillera sûrement. C'était un peu étrange, plutôt que de nous inviter, les gens nous
disaient « allez voir Bill-le-pasteur, il est un peu fou mais vous pourrez passer la nuit chez lui ».
Effectivement, Bill, sa femme et ses enfants avaient construit une église dont Bill s'était fait le pasteur, et où il avait tout prévu
pour accueillir d'éventuels étrangers dans le besoin. Douche, toilettes, cuisine, rien n'y manquait. Nous y avons passé la nuit avec un
homme qui n'avait « momentanément pas de foyer ». Cette famille nous a reçu avec une hospitalité incroyable. Comme leur fils de 18 ans
était parti la veille pour un an à l'aventure au Costa Rica, ils nous considéraient comme une bénédiction divine, « Le seigneur vous
envoie chez nous pour nous dire que tout ira bien pour notre fils, Il nous montre ainsi que nous ne devons rien craindre parce qu'il
sera accueilli là-bas comme nous vous accueillons ici ».
Ils ont confirmé en riant notre impression sur leur intégration dans le village : « Ils nous prennent pour des fous, mais lorsqu'ils ont
besoin d'aide, ils viennent quand même chez nous ! »
Nous les avons quittés à regret, après avoir été abondamment bénis.
 Dans le sable de
Great Sand Dune |
31 août : Nous faisons un détour pour aller voir Great Sand Dune, une immense dune de sable blanc classée parc
national. Nous y louons une cabane en rondins.
1 septembre : Nous logeons à Fort Garland, dans un motel
2 septembre : Nous passons la frontière du Nouveau-Mexique, et découvrons enfin les tumbleweeds, ces buissons en
boule emportés par le vent qu'on voit dans tous les westerns. Alors que nous demandons notre chemin à Cerro, nous y sommes invités à
passer la nuit dans une caravane résidentielle.
3 septembre : Nous arrivons jusqu'à Taos, une grande ville où nous avions convenu de passer la nuit chez un couch
surfeur. Nous nous rendons donc à son adresse, au milieu d'un semi bidonville de banlieue, mais nous n'avons jamais réussi à trouver la
maison ni à contacter notre hôte par téléphone. Nous nous sommes donc rabattus sur un motel trouvé à la dernière minute.
4 septembre : Nous passons la nuit dans une famille de couch surfeurs à Chimayo. Le paysage traversé pendant les
derniers miles de cette journée est parmi les plus beaux que j'ai jamais vus.
5 septembre : Nous prenons une journée de repos. Comme c'est dimanche, nous profitons de la présence des fils de la
maison pour tourner quelques bonnes images. En effet, comme nous ne voyageons qu'à deux, Julien n'a pas toujours la possibilité de filmer
comme il le voudrait, et nous manquons particulièrement de scènes où l'on nous voit tous les deux. Après un rapide écollage, un des deux
frères endosse donc le rôle de la doublure de Julien, l'autre conduit un vieux pick-up, et Julien filme, installé dans le coffre.
Comme c'est la veille du labour day, jour férié, quelques cousins de nos hôtes passent la soirée avec nous, autour d'un délicieux repas
traditionnel néomexicain. Encore une grande soirée.
6 septembre : C'est mon anniversaire, et nous passons la nuit à Santa Fe, petite ville historique, capitale du
Nouveau-Mexique. Nous sommes accueillis chez un couch surfeur, ancien cuisinier reconverti en ambulancier.
7 septembre : Notre hôte de Santa Fe contacte des amis à lui, sapeurs pompiers à Madrid. C'est un tout petit patelin
perdu dans la montagne, et nous sommes autorisés à passer la nuit dans la caserne, entre deux immenses camions. Les pompiers nous
invitent au restaurant ce soir-là, ainsi que le lendemain matin pour le petit déjeuner.
8 septembre : Nous atteignons enfin le but de notre voyage : Albuquerque. Le dernier col de montagne est magnifique,
à croire que le syndicat d’initiative a tout préparé pour nous en mettre plein la vue le dernier jour. Montagne, désert, cactus et
petites fleurs, la route est magnifique, en excellent état et le temps est radieux. Nous finissons par atteindre la célèbre route 66 que
nous suivons pour les derniers miles de notre périple. La traversée d'Albuquerque par contre est épouvantable. Nous arrivons enfin chez
la couch surfeuse chez qui nous devons passer la nuit.
9 septembre : Dernier jour dans le Nouveau Monde, nous empaquetons toutes nos affaires, réglons quelques détails
pratiques et trouvons un moment pour aller nous promener au bord du Rio Grande.
10 septembre : Nous reprenons l'avion qui nous ramène chez nous, nous passons donc la nuit au-dessus de l'Atlantique.
11 septembre : Après un vol sans histoire, nous retrouvons nos foyers.
Quelques chiffres
Au total :
46 nuits, 39 endroits
13 nuits payantes dont un camping (12 endroits)
15 nuits passées chez des couch surfers (10 endroits)
4 nuits dans des églises (Laurin, Ennis, Crowheart, Hooper)
3 nuits dans des lieux insolites (camp mormon, caserne de pompiers, piscine)
10 invitations chez des inconnus (Corvallis, Jeffrey city, Lamont, Grand Encampment, Grand Lake, Denver, Pine, Hartsel, Cerro)
1 nuit dans une famille renseignée par un curé (Jackson).
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Nous avons bénéficié de la générosité de quelques sponsors, et avons nous-mêmes pris en charge les frais sur place (nourriture et
logement).
Si le reste de nos frais s'avère inférieur à la somme que nous avons reçue de nos sponsors, le surplus sera versé à Handicap
International. Cela inclut bien sûr les éventuels bénéfices que nous pourrions tirer de notre reportage vidéo.
Malheureusement, ni les comptes ni le documentaire ne sont encore clôturés.
Les généreux sponsors de notre expédition :
-Stedi Organisation and Fireworks.
Stéphane Dirickx organise vos évènements et feux d'artifice.
Si vous êtes intéressé par les feux d'artifice, n'hésitez pas, consultez son livre.
TETRADE Consulting a été fondée en mai 2000 par Laurent VALENTIN et Xavier LEMAIRE.
Ayant tous deux exercé leur activité professionnelle dans la mise en place de systèmes d’information, ils sont arrivés au constat
qu’il n’était pas opportun de dissocier l’analyse des besoins métier de la mise en place de la solution ERP répondant à ces mêmes
besoins.
TETRADE Consulting constitue donc la structure capable de créer et développer les compétences et les méthodologies favorisant une
approche conjointe d’implémentation métier et ERP et de les mettre en œuvre chez ses clients.
Pour garder le style un peu "platezak" du site (amis Français, c'est intraduisible, faites un effort d'imagination!) j'avoue que
ce n'est pas moi qui ai pondu tout ça, j'ai honteusement fait un copier-coller depuis leur site, que je vous invite à aller visiter
pour de plus amples informations: www.tetrade.be.
ACM est une entreprise aux diverses activités, ils font notamment du tunning de camions, très impressionnant à voir, et des
adaptations de voiture pour personnes à mobilité réduite. C'est dans ce cadre que je les ai rencontrés.
Ils nous ont gracieusement confectionné des fontes pour nos Segway (les boîtes en métal au-dessus des roues), et ont magnifiquement
transformé notre remorque, ce qui a radicalement changé notre manière de voyager par rapport aux Pyrénées.
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